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Cuisines de l’Arrière-PaysLa cuisine fusion de la Provence orientale

Wok et sauté

Faire sauter les légumes de Provence au wok

Les légumes d’été du Sud sont ce qu’un wok déteste : gorgés d’eau, de densités très inégales, et prompts à rendre leur jus. L’ordre de passage résout presque tout.

Des lanières de courgette, de poivron rouge et de fenouil disposées séparément en tas sur une planche à découper en bois clair, un couteau de chef posé au bord
Chaque légume est préparé et posé à part : ils n’entrent pas dans le wok au même moment.

La difficulté n’est pas d’avoir de bons légumes, elle est de les faire cuire ensemble alors qu’ils ne se ressemblent pas. Une lanière de poivron et un dé d’aubergine mis en même temps dans le même wok donnent l’un cru, l’autre effondré. L’ordre de passage n’est pas une élégance : c’est la seule réponse à des vitesses de cuisson différentes.

Cinq légumes, cinq comportements

Chacun pose un problème distinct, et un seul.

La courgette est presque entièrement composée d’eau. Elle ne demande pas de cuisson longue, elle demande à ne pas être noyée dans sa propre eau. Coupée fin, elle rend son jus en quelques secondes ; coupée épais, elle met trop de temps à chauffer à cœur. Le compromis pratique est une coupe en bâtonnets d’environ un centimètre de côté, qui donne assez de masse pour tenir et assez de surface pour saisir.

L’aubergine est une éponge. Sa chair est alvéolée : elle absorbe la matière grasse au début de la cuisson, puis la relâche quand ses parois cellulaires cèdent. C’est ce double mouvement qui fait croire qu’elle boit toute l’huile, alors qu’elle la rend ensuite. Le geste utile n’est pas d’ajouter de l’huile quand elle a l’air sèche, c’est d’attendre.

Poivron, fenouil, oignon : trois autres manières de cuire

Le poivron tient longtemps, parce que sa peau est une barrière. Tant qu’elle est intacte, il ne rend presque rien ; dès qu’elle se ride et se décolle, il libère son jus d’un coup. Il entre donc tôt.

Le fenouil est le plus dense et le plus fibreux du lot. Cru, il croque ; à peine cuit, il reste dur ; longuement cuit, il devient fondant et sucré. Il n’a pas de position intermédiaire agréable, ce qui en fait le premier à entrer, ou un légume que l’on précuit à part.

L’oignon occupe une place à part : ce n’est pas un légume du plat, c’est le fond de goût. Il entre en premier, à feu vif et bref, pour prendre de la coloration sans brûler.

Dans quel ordre les faire entrer ?

L’ordre découle de ce qui précède : du plus dense au plus fragile, en gardant à l’esprit qu’avec un feu domestique on travaille par petites charges, comme expliqué dans l’article de la revue sur la puissance réellement délivrée.

Ordre de passage indicatif, pour des charges de 100 à 150 g
RangLégumeCoupeCe que l’on attend avant la suite
1Oignonémincé épaisles bords se colorent, il reste croquant
2Fenouillamelles de 3 mmles tranches deviennent translucides sur les bords
3Poivronlanières de 1 cmla peau commence à se rider
4Auberginedés de 1,5 cmelle a bu l’huile, puis commence à la rendre
5Courgettebâtonnets de 1 cml’extérieur est marqué, le cœur encore ferme
6Ail, herbeshaché, ciseléhors du feu ou en toute fin, pour ne pas brûler

Cet ordre est une hiérarchie de densité et de fragilité, pas une recette : il tient quel que soit l’assaisonnement.

Pourquoi l’ail arrive en dernier

Ses sucres et ses composés soufrés brûlent bien avant que les légumes soient cuits, et un ail brûlé domine tout le plat de son amertume. D’où la ligne du tableau : hors du feu, ou en toute fin, haché ou ciselé.

Faut-il faire dégorger, et quand ?

Le dégorgeage au sel est un geste ancien dont l’utilité dépend entièrement du légume et de la cuisson visée.

Pour l’aubergine, il a un effet mécanique réel : le sel provoque une sortie d’eau par osmose et fait s’affaisser partiellement la structure alvéolée. L’aubergine dégorgée absorbe moins de matière grasse au début, simplement parce qu’il y a moins de vide à remplir. Une demi-heure suffit, suivie d’un rinçage et d’un séchage soigneux, faute de quoi on ajoute l’eau qu’on voulait retirer.

Pour la courgette, le dégorgeage n’a d’intérêt que si l’on cuit en grande quantité, ce qui n’est justement pas la bonne approche au wok. En petites charges, il est inutile et coûte du temps et de la texture.

Pour le poivron et le fenouil, il n’a aucun intérêt : le premier retient son eau derrière sa peau, le second n’en rend presque pas.

L’erreur la plus fréquente

Ajouter de l’huile parce que l’aubergine a l’air sèche. Elle est en train de boire, pas de manquer. Attendez : elle rendra la matière grasse d’elle-même.

En bref

  • Ordre : oignon, fenouil, poivron, aubergine, courgette, ail en dernier.
  • Coupes calibrées à un centimètre environ, sauf le fenouil en lamelles fines.
  • Dégorger l’aubergine seulement, une demi-heure, puis sécher.
  • Ne jamais rajouter d’huile pendant la phase d’absorption de l’aubergine.

Ce que la rédaction ne sait pas

Les temps ne sont pas donnés en minutes, et c’est délibéré : ils dépendent de la puissance de votre feu, de la charge et de la coupe, trois variables qui changent tout. Les repères visuels du tableau sont plus fiables qu’un minutage recopié. La rédaction ne donne pas non plus de teneur en eau chiffrée par légume : ces valeurs existent dans les tables de composition publiques mais varient selon la variété et la maturité, et le propos de l’article ne dépend pas de leur précision.