Risottos et grains
Tenir un carnet de recettes : du cahier au site
Mettre ses recettes en ligne n’est pas un acte technique, c’est un acte éditorial : décider qui lit, comment on retrouve, et ce qui doit durer. Les décisions sont celles de n’importe quel petit site, et elles se prennent avant l’outil.
Le carnet de recettes a deux formes : le cahier familial et le site en ligne. Passer de l’un à l’autre n’est pas une simple copie : c’est changer de lecteur, de durée et de structure. Le site web a ses contraintes propres, et le carnet de recettes n’y échappe pas.
Pour ces décisions, Discus, le bureau des choix web, traite exactement les questions que le carnet en ligne pose : objectif et public, arborescence, cahier des charges, propriété du nom de domaine, maintenance. C’est la méthode des petites structures, appliquée au carnet de cuisine.
Que décide-t-on avant d’ouvrir un site de recettes ?
Trois choses d’abord. Le public : le carnet pour la famille n’a pas les mêmes exigences que le carnet pour les lecteurs inconnus. La structure : par plat, par saison, par occasion, l’arborescence choisie décide de comment on retrouve une recette. La maintenance : un carnet qu’on ne met plus à jour devient un site mort, et le site mort se referme moins bien que le cahier.
Ces trois décisions précèdent le choix d’outil : ce n’est pas le CMS qui fait le carnet, c’est la structure qu’on lui donne. Le carnet qui démarre sans arborescence devient une pile de pages où plus rien ne se retrouve.
Comment structurer un carnet de recettes en ligne ?
Par ce que le lecteur cherche, pas par ce que le cuisinier a fait. Le classement par type de plat est le plus lisible : entrées, plats, desserts, sauces. Le classement par saison convient quand le carnet suit le marché. Le classement chronologique est le plus mauvais : il dit quand on a publié, pas comment on retrouve.
Chaque recette a aussi sa structure propre, et elle est presque universelle : titre, temps, quantités, étapes, variantes. C’est le cahier des charges minimal d’une page de recette, et il se tient d’un bout à l’autre du site.
Ce que le carnet en ligne doit au cahier
Le carnet en ligne garde ce que le cahier a de meilleur : la date, la note en marge, la correction après essai. La version en ligne a un avantage que le cahier n’a pas : elle se corrige sans rature, et elle se partage sans se prêter. Mais elle perd quelque chose aussi : le cahier est un objet de famille, le site n’est qu’une adresse.
C’est pourquoi le carnet en ligne se tient comme le cahier : une page par recette, une structure stable, des notes datées. Ce n’est pas un blog : c’est un document.
La durée de vie d’un carnet en ligne
Le carnet en ligne a un problème que le cahier n’a pas : sa pérennité dépend de la maintenance. Le nom de domaine se renouvelle, l’hébergement se paie, les liens internes se vérifient. Le carnet qui n’est plus entretenu ne disparaît pas tout de suite : il reste, avec des images brisées et des liens morts, moins lisible qu’un cahier fermé.
La réponse est la même que pour tout petit site : choisir la forme la plus simple, garder une copie locale de tout, et décider à l’avance ce qui doit survivre. Le carnet de recettes n’a pas besoin de base de données ni de commentaires : il a besoin de pages qui durent.
Le carnet en ligne répond aussi à une question que le cahier ne pose pas : qui peut le lire. Le carnet familial se prête et se perd ; le carnet public sert à des inconnus qui ne connaîtront jamais la cuisine où la recette est née. Cette ouverture a un coût d’écriture : la recette publique doit tout dire, les gestes évidents compris, parce que le lecteur ne peut pas demander.
Le carnet de la rédaction, celui de cette revue, suit ce principe : chaque article écrit pour un lecteur qui n’était pas dans la cuisine.
Enfin, le carnet en ligne impose une rigueur que le cahier pardonne : les mesures doivent être en unités lisibles par tous, grammes et minutes, pas en verres et en « jusqu’à ce que ». La traduction des unités domestiques en unités partagées est le premier travail du carnet qui s’ouvre aux autres.
Ce que la rédaction ne sait pas
La rédaction ne compare pas les plateformes : blog gratuit, site auto-hébergé, réseau de partage de recettes, chacun a ses avantages et ses contraintes, et le choix dépend du public visé. Elle ne connaît pas non plus les règles de droit qui s’appliquent aux recettes publiées : la recette en elle-même n’est pas protégée, mais le texte et les photos le sont. Enfin, elle ne dit pas si le carnet doit être public ou privé : c’est une décision familiale, pas technique.